Le fondateur de l'Ordre des Aïssawa, Mohamed Ben Aïssa, Le Cheikh Al-Kamel

 

   Cheikh Abu ' Abd Allah Sidi Mohamed Ben Aïssa As Sofiani Al Mokhtari, appelé Cheikh Al Kamel (le maître parfait), fondateur de l'ordre des Aïssawa naquit au neuvième siècle de l'hégire, en l'année 872 (1465-66). Les biographes et lettrés arabes ne semble pas être d'accord quant à son origine ethnique. D'où venait-il? Etait-il un berbère arabisé ou un oriental ? Cette question est sujet à controverse. Malgré les dires, Ben Aïssa ne descend pas de la famille Idrissite, et il n'effectua jamais le pèlerinage à la Mecque. Néanmoins, depuis sa mort à Meknès au Maroc aux alentours de 1523-1424 (933H), sa confrérie ne s'est pas disloquée ni émiettée, comme le souhaitait M. Brunel dans son étude sur les Aïssawa en 1926. Au contraire, de nombreux jeunes en rejoignent les rangs, attirés il est vrai au départ plus par la musique jouée par les membres de la confrérie que par la philosophie soufie.
  Après des études à l'école coranique, Ben Aïssa, qui déjà très jeune avait le statut de saint, partit en voyage dans tout le Maroc en compagnie de son père, nous dit la tradition populaire. Ils s'arrêtèrent à Salé et attendirent le départ d'une caravane vers Fès. En chemin, il se maria dans un douar des Bani Hassan. Il rejoignit ensuite Fès, toujours en compagnie de son père, où il fit d'excellentes études coraniques. Il s'établit un temps à Meknès, pour y enseigner à la grande mosquée. Il poursuivit ensuite ses études avec un célèbre maître de l'époque, Si Ahmad Al Haritsi, disciple de Jazouli. Celui-ci l'envoya peu avant sa mort à Marakech, auprès du maître Si Abd Al Azziz Ath-Thbba, afin de compléter son instruction. Ben Aïssa fût donc initié à la doctrine Jazoulite. Ben Aïssa alla ensuite trouver le disciple le plus célèbre de Jazouli, Mohamad Aç çaghir, dans les environs de Fès. Il gravit ensuite aisément les derniers degrés de sa vie spirituelle.
   Par ces trois chioukhs (Sages), Ben Aïssa se rattache à l'enseignement du "pôle de l'Orient", Abu Madyan. Son initiation mystique enfin terminée, pourvu d'un bagage de connaissances suffisant pour réussir dans la voie qu'il s'était tracé, Ben Aïssa se retira définitivement à Meknès, peu avant sa mort. La population de Meknès accueillit Ben Aïssa avec défiance. Soucieuse de connaître le degré de sa science, elle chargea le khathib (prédicateur) Aboû 'Abd Allali Ben 'Abd-er-Ramân Ben Baçrt al Miknassi, dit Al Baçrî, célèbre savant de l'époque, de le mettre à l'épreuve. Al Baçrî se présenta donc chez Ben Aïssa et lui fit Subir un examen très sérieux. Il faut croire que les résultats de cet examen furent décisifs car le Khathib exultant de joie, se précipita dans la rue et jeta ses effets un à un en criant à tue-tête "Voilà le garant de Meknès, voilà le Cheikh Al Kamel! ". C'est ainsi que l'on explique l'origine du surnom donné à Ben Aïssa. A Meknès, Ben Aïssa se consacra à l'éducation de ses disciples. Sa piété profonde, le renom de ses maîtres et ses miracles multiples ne tardèrent pas à établir solidement sa réputation. Sa renommée devint universelle, de partout, des "tholba" avides de suivre son enseignement, accoururent à Meknès. Grâce à lui, la doctrine de Jazouli se répandit dans des régions où elle était ignorée. Mais bientôt il créa sa propre doctrine, basée sur l'enseignement de ses maîtres. Il fit l'acquisition d'un grand domaine sur lequel il construisit sa propre zawiya.
   Ben Aïssa menait une vie des plus rigides, il observait rigoureusement les pratiques Jazoulites, comme le jeûne et les veillés. Il s'efforçait à demeurer en présence de Dieu et de lui consacrer toutes ses pensées. Il se consacra entièrement au culte du prophète d'Allah et voulait qu'il en soit de même pour ses disciple. En leur conférant l'initiation, il leur recommandait de pratiquer la vertu, d'observer rigoureusement les prières obligatoires, de lire le Coran, de célébrer les louanges au Prophète, de pratiquer le dhikr Allah et de réciter le Hizb (Soubhan eddaim) de la confrérie qu'il représentait. Il recommandait d'observer les règles de la bienséance, d'être sincère dans leurs relations, indulgents et cléments envers leurs confrères, de ne pas les trahir, de ne pas nuire, de ne pas calomnier, d'être respectueux et fraternel. Les adeptes Aïssawa devaient également renoncer aux biens de ce monde. Cette prescription était respectée par Ben Aïssa de la façon la plus stricte.    

  Du fond de sa zawiya, il récitait les prières de la doctrine à longueur de journée, tout en veillant à ne pas s'endormir, en nouant une natte de cheveux au plafond (les anciens Aïssawa portaient une longue natte, la guttaiya, en hommage à cette pratique de leur maître).
   Mohamed Ben Aïssa prenait la défense des faibles et des opprimés; et les puissants, caïds, vizirs, et autres sultans durent compter avec lui. La légende nous le montre toujours victorieux des fonctionnaires tortionnaires. Il inspirait aux puissants de l'époque une crainte révérencielle. 
   A sa mort, Le Cheikh Al Kamel fût enterré dans sa propre zawiya. Son disciple préféré Barwayil repose juste à coté de lui . Le Cheikh Al Kamel est mort en laissant une zawiya très florissante comprenant environ 600 adeptes, des biens-fonds assez importants et une réputation assise. La place qu'il occupe en tant que Maître spirituel dans son siècle est fortement marqué. Il était arrivé au rang de chioukh digne de servir de modèle et de guide. Après sa mort, son seul fils Sidi Abou Mahdi Aïssa lui succéda à la tête de la confrérie, avec succès. Les descendants du Cheikh Al Kamel se sont depuis dispersés un peu partout à : Meknès, Fès, Tanger, Larache, Rabat, en Algérie et en Tunisie. Mystique jusqu'à la folie, Ben Aïssa était absorbé dans ses prières, loin des intrigues du monde, du fracas des batailles, captivant les foules non par une action politique mais par des exercices ascétiques poursuivis : le renoncement au monde, l'illumination de l'esprit et l'union intime avec Dieu. C'est le prototype parfait du soufi, dont la légende a traversé l'histoire.

Source :http://confrerieaissawa.free.fr/fr/2.htm

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